“Le Bus des députés” pour le 50e jour des manifs

Hier à Sofia, le cortège était moins fourni, mais égayé par une belle performance: un bus en carton, précédé de “flics” méchants, armés de matraques-jouets. Les manifestants levaient les bras et s’asseyaient par terre, à l’image de ceux qui avaient assiégé l’Assemblée nationale dans la nuit du 23 au 24 juillet, et tabassés. On a ri aux éclats. Une belle façon de sublimer la violence policière et de dire “au-revoir” aux parlementaires, partis en vacances.

La contestation va se poursuivre sur un rythme estival. Le rendez-vous de la rentrée est fixé pour le 4 septembre.

50e jour de la contestation

La grosse caisse donne le rythme de la marche tous les soirs.

La grosse caisse donne le rythme de la marche tous les soirs.

Cette semaine, ce fut un jeu de cache-cache entre parlementaires et manifestants. Mercredi 31 juillet, vers 15 heures, l’info a filtré sur la détermination des députés de voter rapidement l’actualisation du budget, mesure qui cristallise la colère des opposants au gouvernement car elle s’accompagne d’un emprunt de 500 millions d’euros mal justifié.

Les réseaux sociaux ont donné l’alerte : « Venez bloquer le parlement ». Une fois sur place, j’ai trouvé la place vide. Et apprenais plus tard que les élus, ayant eu vent de cette mobilisation expresse, se sont éclipsés, et remis le vote décisif au lendemain matin.

"Plovdiv est ici!" Plovdiv, deuxième ville en Bulgarie, à 150 km de Sofia

“Plovdiv est ici!” Plovdiv, deuxième ville en Bulgarie, à 150 km de Sofia

Les habitants venus de province rejoindre les cortèges pour une soirée, notamment des villes du sud Blagoevgrad et Sandanski, ont été intimidés par la police : des bus arrêtés plusieurs fois en cours de route, des PV pour les chauffeurs à Sofia, des convocations au commissariat au retour.

Il y a aussi des flics gentils...

Il y a aussi des flics gentils…

Malgré ces tracas et le soleil brûlant, les indignés bulgares investissent matin et soir les places autour du parlement et du conseil des ministres, sans montrer le moindre signe de fatigue. Ils se relaient et s’organisent sans forcément se donner le mot. Aujourd’hui, ils fêtent le 50e jour de la mobilisation citoyenne.

L’innovation politique contre la sclérose

Vendredi 26 juillet, des représentants des cinq partis politiques du Bloc réformateur ont rencontré un groupe d’intellectuels et d’universitaires afin de discuter de la création d’un Conseil citoyen, relai entre les élus et la société civile. Ce conseil serait une forme de « garant moral » des partis du Bloc réformateur, qui souhaiterait expérimenter des formes d’une démocratie participative.

Radan Kanev, chef du parti “Citoyens pour une Bulgarie forte” :

Notre tache n’est pas de regagner votre confiance en nous, mais de reconstituer la confiance d’une masse critique de Bulgares en la démocratie. La rue donne un diagnostic. La décision revient à l’entente entre les citoyens et les partis politiques.

Blabla

Le visage de la contestation retrouve le sourire

 

Le même jour, après d’âpres débats sur les réseaux sociaux concernant la pertinence de laisser une image violente symboliser le mouvement, #ДАНСwithme a opté pour l’humour.

 

Le samedi 27 juillet, lors de la fête du Parti socialiste bulgare qui se tient tous les ans à Bouzloudja, sommet de la montagne Stara Planina, le leader PSB Serguei Stanishev haranguait la foule et affichait une posture guerrière :
Lorsque, il y a quelques jours, 2000 manifestants agressifs ont assiégé le parlement pour tenir en otage 120 personnes, en jetant des pierres, en cassant un autobus, en cherchant la confrontation avec la police et la diffusion de sang, des dizaines de personnes m’ont appelé pour me dire : ça suffit !

50000 cross.bg

50000 sympathisants du PSB (35000 selon la police) sont venus à Bouzloudja. ©cross.bg

Une contre-manif se tient tous les soirs à Sofia, devant le Palais de la culture, pour afficher son soutien au gouvernement Oresharski. Une vingtaine de personnes, une centaine les meilleurs jours, des cheveux gris, des visages butés.

La contre-manif, le vendredi 26 juillet.

La contre-manif, le vendredi 26 juillet.

 

Ces rassemblements sont animés par le rappeur Micho la Gifle (Micho Chamara), 33 ans, qui soutient bec et ongles le gouvernement socialiste, mais dont les sympathies s’aventurent également vers l’extrême droite.

 

 

Malgré la canicule et la fatigue, la contestation continue.

La manif, devant le parlement, le dimanche 28 juillet.

Devant le parlement, le dimanche 28 juillet.

Лa nuit du 23 au 24 juillet : le mensonge du pouvoir

Photo: Gueorgui Kojuharov

La jeune fille et la mort… Photo: Guéorgui Kojuharov

Au lendemain des heurts entre la police et environ 2000 manifestants qui bloquaient le parlement au 40e jour des protestations (leur nombre a augmenté après les violences transmises en direct sur deux chaines de télévision, bTV et BNT), le pouvoir en place a rappelé les plus sombres heures de propagande communiste.

Les policiers calmes face aux manifestants agressifs... Photo: G. Kojuharov

Les policiers calmes face aux manifestants agressifs… Photo: G. Kojuharov

À la sortie du conseil des ministres, le ministre de l’intérieur, Tzvetelin Yovtchev, a félicité les policiers d’avoir rempli leur fonction dans le calme et avec responsabilité. Il a refusé d’accepter comme erreur sa décision d’évacuer les parlementaires à 22 heures, d’autant plus qu’ils avaient achevé la session à 19 heures 30.

Corps-à-corps. @Bulphoto

Corps-à-corps. @Bulphoto

« Je ne m’attendais pas à ce qu’un bus plein de citoyens bulgares (les députés, ndr) soit attaqué avec des pavés. Je ne pensais pas que les gens qui protestent sont prêts à blesser grièvement des citoyens bulgares, qui ne les provoquent en rien, et dont le seul objectif est de se déplacer librement, et de rentrer à la maison. »

Les bouteilles d’eau en plastique et les pavés jetés sur le bus, escorté de gendarmes et forçant son passage dans la foule, fournissent le principal argument aux dirigeants bulgares pour insinuer une radicalisation intrinsèque du mouvement.

Un piano à queue a été installé devant le parlement. Photo deux heures avant les violences.

Photo prise deux heures avant les violences, le 23 juillet.

Ce matin, les députés ont repris leur travail, le leader du parti turc, Lutvi Mestan, s’est exprimé avec gravité :
« Les manifestants ont montré leur second visage. Ils ont désormais deux symboles. L’un, c’est le piano (…) Le second, c’est le pavé. Oui au piano, non au pavé. »

Il y a une dizaine de jours, in piano à queue a été installé au pied du monument Alexandre III, face à l’Assemblée nationale. Des pianistes et autres musiciens viennent y jouer un morceau le soir, du jazz, du classique, il y en a pour tous les goûts.

Les déclarations de divers responsables politiques laissent l’impression que les manifestants sont à l’origine de l’attaque. Or, qu’est-ce qui s’est passé dans la nuit du 23 au 24 juillet ? À 22 heures, une colonne fournie de gendarmes cagoulés sous le casque, armés de matraques et de boucliers antiémeutes se dirige énergiquement vers les barrières de la zone de sécurité établie autour du parlement.

Ivo, 23 ans, travailleur social, était là :

« Je les ai vus arriver, ouvrir les barrières et se jeter sur nous. Ils frappaient, ils ont cassé une caméra devant mes yeux. Je n’étais pas préparé, je vivais ma première confrontation avec la police. Je me suis écarté, je ne sais comment. Ce que j’ai vu, c’était des gendarmes qui bousculaient les gens, les traînaient, les frappaient. J’ai dissuadé deux personnes à lancer une pierre. Je leur parlais, je disais qu’ils pouvaient rater leur cible, le bus, et fracasser un crâne. Ils mettaient du temps à m’entendre. C’était l’adrénaline. »

Par ailleurs, le réalisateur et journaliste Evgueni Mihailov témoignait durant la nuit des heurts avoir vu deux crânes rasés lancer une pierre vers les policiers. Les provocateurs en tout genre infiltrent les cortèges depuis le début.

Le blogueur, jeune et populaire, Ivo Bojkov a été tabassé. ©Focus-news

Le blogueur, jeune et populaire, Ivo Bojkov a été tabassé. ©Focus-news

Les agressions de journalistes ou de simples citoyens filmant avec leurs portables renouent avec les habitudes de désinformation du passé. Aujourd’hui, Human Right Watch appelle les pouvoirs publics bulgares à enquêter sur les responsabilités de la police. Le procureur de Sofia s’est auto-saisi de l’enquête.

Le bus qui allait entrer dans l'histoire... ©Maria Kostadinova

Au coucher de la nuit, le bus qui allait entrer dans l’histoire… ©Maria Kostadinova

La vielle rhétorique communiste

Aujourd’hui, vers 14 heures 30, l’image de la page Facebook de #ДАНСwithme a changé.

994854_10153123584310565_2137848869_nCette radicalisation du mouvement répond non seulement les violences policières de la nuit, mais aussi et surtout, à la stratégie du pouvoir.
Que ce soit le ministre de l’Intérieur, Tzvetlin Yovchev, ou le leader du Parti socialiste bulgare, Serguei Stanishev, qui se sont exprimés devant les médias, ils adoptent tous les deux une rhétorique bien rodée.Celle du complot, d’abord : qui se tient derrière les manifestants ? Qui les manipule ? A qui profite l’agitation ? Entendez, à GuERB et aux forces occultes qui le soutiennent. Entendez encore : ce que vous voyez sur les écrans n’est pas ce qui se passe.

Ensuite, l’inversement des rôles : les anti-démocrates ne sont pas les policiers qui tabassent ni le gouvernement ignorant la voix de son peuple ; ce sont les manifestants. Ce ne sont pas les mêmes que la veille ou l’avant-veille, mais des manifestants d’un nouveau type, des vandales qui « jettent des pavées et des pierres sur les représentants du peuple » (Yovchev).

L’objectif du pouvoir : gagner l’opinion publique de province, toujours frileuse aux soubresauts d’une société moderne.

Cependant, cette stratégie appartient au XXe siècle, lorsque les postes de télévisions transmettaient fidèlement les images des médias officiels. Aujourd’hui, les visages ensanglantés envahissent les écrans des ordinateurs en un clic. Et les images télé – rediffusées à l’infini.

Les barricades de #ДАНСwithme: les syndicats rejoignent le mouvement

Hier soir, 40e jour de la contestation, le sang qui était sur toutes les lèvres depuis des jours, a été versé : une vingtaine de personnes et deux policiers ont été blessés au cours des heurts qui ont opposé policiers et manifestants.

Les députés tentent de quitter le Parlement par la force

Les députés tentent de quitter le Parlement. Photo: Maria Kostadinova

Vers 22 heures, la gendarmerie tente de faire sortir un bus blanc rempli de députés de l’Assemblée nationale, assiégée par les manifestants. Mains nues et bras levés, ils s’opposent, puis s’assoient par terre pour empêcher l’avancement du bus, escorté par un blindé de la gendarmerie. Pendant une quarantaine de minutes, la confusion et la violence envahissent la place autour de la cathédrale Alexandre Nevski, située derrière le parlement.


vidéo Ivan Bedrov

Mouvements de foule, cris, coups, projectiles lancés : la mêlée se solde par l’échec de la manœuvre – le bus finit par réintégrer l’espace de sécurité. Les manifestants érigent alors des barricades à l’aide de bennes à ordures et de dalles arrachées dans les rues avoisinantes. Finalement, les députés seront évacués vers 3 heures.

Les barricades autour du Parlement. Photo Maria Kostadinova

Les barricades autour du Parlement. Photo Maria Kostadinova

Plus tôt dans la journée, ordre a été donné sur les réseaux sociaux de bloquer le parlement à partir de 17 heures. A l’intérieur, les parlementaires discutent la réactualisation du budget qui doit s’accompagner d’un emprunt d’un milliard de lévas (500 mln €). Les députés de GuERB ont réintégré l’Assemblé nationale qu’ils avaient désertée le 18 juin, au lendemain de la nomination de Peevski à la tête de ДАНС.

Cet emprunt, dont la nécessité est contestée par des experts, fait déborder le vase. En effet, l’endettement maîtrisé est un des rares indicateurs économiques dont la Bulgarie peut encore se prévaloir. « Ils vont prendre cet argent pour distribuer à leur électorat ».
Le gagnant politique est incontestablement le parti GuERB de l’ex premier ministre Borissov. Hier, ses députés assiégés à l’Assemblée appelaient d’une seule voix à la démission du gouvernement, évoquant leur propre démission en février.

Pour la première fois depuis le début de la contestation, il faut nettoyer... Photo: M.Kostadinova

Pour la première fois depuis le début de la contestation, il faut nettoyer… Photo: Alexander Dunchev

Ce matin, Sofia se réveille avec quelques cicatrices, et des gens plus déterminés que jamais à se faire entendre. Les syndicats, au moins, les ont enfin écouté. La confédération KNSB rejoignent enfin le mouvement.

A Sofia, applaudissements pour l’Europe

Viviane Reding, commissaire européen en charge de la justice, des droits fondamentaux et de la citoyenneté, était à Sofia dans le cadre de l’année européenne de la citoyenneté. Ce matin, elle rencontrait une centaine de Bulgares dans le Club de l’armée pour un dialogue citoyen.

De nombreuses questions liées à la crise politique en Bulgarie.

De nombreuses questions liées à la crise politique en Bulgarie.

Accueillie par des applaudissements, Viviane Reding a exprimé sa solidarité avec ceux qui protestent contre la corruption et l’oligarchie, et souhaité que leur voix soit entendue par les politiques. Les participants ont soulevé à de nombreuses reprises le problème de la corruption qui mine l’État bulgare, demandant même l’intervention de Bruxelles.

Neno Nenov, étudiant en 4e année d'Études européennes à l'Université de Sofia

Neno Nenov, étudiant en 4e année d’Études européennes à l’Université de Sofia

« Je crois fermement que la voix citoyenne doit être entendue et pour cela, je fais plus confiance aux institutions européennes qu’à celles de mon pays. J’ai la conviction que l’Europe va tenir compte de ce qui a été dit aujourd’hui, notamment sur la nécessité d’un système judiciaire indépendant, la liberté réelle des médias, la lutte contre l’oligarchie. Le contexte politique a certainement renforcé l’intérêt pour le dialogue citoyen organisé par la Commission. »

Vanya Pandalieva, bénévole au "Centre pour une vie indépendante"

Vanya Pandalieva, bénévole au “Centre pour une vie indépendante”

« Je suis venue pour voir et entendre Viviane Reding, pour m’exprimer, mais je suis restée dehors. Beaucoup de citoyens n’ont pas pu entrer à cause du choix de la salle, inaccessible aux personnes handicapées. Nous avons des directives européennes, une loi bulgare sur l’accessibilité. Qu’on choisisse cette salle pour un événement d’une telle importance est, pour le moins, vexant. »

Protester proprement

Une des obsessions des manifestants de #ДАНСwithme : garder propres les rues après leur passage, avoir un comportement civique digne de l’exigence morale de leurs revendications. Comme s’ils voulaient montrer aux gouvernants la façon dont ils souhaitent être gouvernés, avec du respect.

Mot d'ordre est passé: garder propre l'espace public.

Mot d’ordre est passé: garder propre l’espace public.

Pas un mégot ne jonche les larges boulevards qu’ils traversent, alors que les poubelles publiques n’ont jamais été le fort des urbanistes de Sofia.

Le cendrier portable, objet de la petite révolution. 22 heures, devant le Parlement

Le cendrier portable, objet de la contestation. 22 heures, le 19 juillet, devant le Parlement.

En cela, entre autres, la petite révolution bulgare est unique.

Après le passage du cortège.

Après le passage du cortège, qui avance, au fond.

Édito bi-hebdomadaire: du sang ou les vacances

Malgré l’opération choc, qui bloquait hier le parlement et quelques carrefours stratégiques de Sofia, je ressens comme un essoufflement du mouvement. La détermination est là, les actions se multiplient, mais le dépit l’a emporté sur l’espoir. Le dégoût même, face à un gouvernement ostensiblement sourd aux sifflets.

Les sifflets, arme de la contestation...

Les sifflets, arme de la contestation…

Sur les réseaux ou dans la rue, la frustration de cette absence totale de dialogue entre gouvernés et gouvernants s’exprime par une forme de durcissement : l’on se questionne sur l’efficacité d’un mouvement pacifique face à ce pouvoir ; l’idée qu’il faut « verser du sang » pour le changement circule.

Une suspension du mouvement – le temps de prendre des vacances bien méritées – lui permettrait de sortir de l’immédiateté d’une contestation quotidienne, qui n’est jamais à l’abri du risque d’un dérapage. « Ceux qui protestent » peuvent se reposer. Ils gagneraient des forces, Ils prendraient du recul pour se recentrer sur leurs revendications et les moyens de les porter.

A Albena, première "bibliothèque de plage" de l'Union européenne. Photo: L'Express

A Albena, première “bibliothèque de plage” de l’Union européenne. Photo: L’Express

Les vacances laisseraient également aux nouvelles forces politiques le temps de se structurer et de germer leurs programmes en vue de nouvelles élections, qui semblent inévitables dans un avenir proche.

Trois formations ont émergé ces derniers jours. A gauche, Tatiana Doncheva du PSB a annoncé, le 16 juillet, son intention de quitter « la maison mère » et de former, d’ici la rentrée, un parti politique autour du Mouvement 21. « La gauche qui ne veut pas être liée à l’oligarchie », a-t-elle précisé dans une interview, le jour de l’annonce.

d21 Tatiana Dontcheva femme politique pugnace, députée PSB pendant dix ans, a été le brave candidat de la gauche en 2005 face à Boyko Borissov. Elle est arrivée au ballotage, pour perdre ensuite avec 31,4%. En octobre 2010, elle a affronté Serguei Stanishev pour prendre le leadership du parti et elle a perdu. Une défaite qui la pousse à créer le Mouvement 21, en avril 2011.

Tatiana Dontcheva. Photo: БГНЕС

Tatiana Dontcheva. Photo: БГНЕС

A droite, cinq partis issus de l’Union des forces démocratiques, réunis aujourd’hui dans un Bloc réformateur, ont toujours souffert de leurs désaccords, et aucun n’est parvenu à passer la barre des 4% aux dernières élections pour entrer au parlement. Ils ont annoncé leur union, et travailleront désormais à un programme commun.

moveBG_1legEnfin, le 11 juillet, la femme d’affaires Sachka Bezuhanova a renoncé à sa brillante carrière au sein de Hewlett Packard, en annonçant la création d’un mouvement citoyen, « La Bulgarie peut » (une version plus nationale de « Yes, we can »…). Il poursuit l’esprit de la plateforme de débats en ligne MoveBG, créé au lendemain de la nomination scandaleuse de #Peevski. Ce forum de citoyens connectés apportera des propositions pour les changements en profondeur nécessaires à la refondation de la démocratie bulgare. « La Bulgarie peut » se veut une force de propositions civique.

Même si Bezuhanova a souligné le caractère apolitique du mouvement, « La Bulgarie peut » est proche du président Plevneliev, et ses supporters de GuERB. Bezuhanova est surtout proche d’une figure emblématique – et positive – de la transition bulgare: Ivo Prokopiev, homme d’affaires, de médias et d’influence, ennemi sacré du couple Peevski-Vassilev (à venir).

Peevski-Vassilev ont raison de le redouter – un ennemi brillant, bien entouré, s’appuyant sur un réseau réactif et fidèle. Il est pratiquement le seul à leur résister pendant les années où, à partir de 2007, ils bâtissent leur empire médiatique. Ayant subi des pressions et des menaces de mort, il part en 2010 à Singapour, où il vit avec sa famille. (à venir)

Quoi qu’il en soit du personnage, la vision d’Ivo Prokopiev de l’avenir bulgare, est autrement plus riche, moderne, démocratique que celle du couple infernal.

Après les intellectuels, qui ont pris position, le 23 juin dernier, et formulé leurs propositions de combattre le modèle ploutocratique de l’État bulgare, dans la Charte 2013 (en cours de traduction), après les citoyens qui ont manifesté pendant plus d’un mois, aux politiques de jouer.